Ras le bol

 

1) Société: au rayon des vins de mon petit supermarché, je tombe sur un voisin de la résidence; la bonne soixantaine, célibataire (divorcé sans doute), retraité, amateur de foot, les idées claires, un type tout à fait plaisant; on discute des coupures d’eau chaude du week-end; il doit y avoir des résidents qui consomment trop (on pense tous les deux à ces petites bonnes femmes qui passent leur temps à se laver !) – Au détriment des gens qui bossent ! Comme son voisin du dessous qui se lève à 5 heures pour aller travailler chez Citroën – 2e sujet, les voitures dans la résidence; je lui dis que j’ai failli être renversé l’autre jour par une petite Clio qui roulait bien vite ! Encore une femme… Il a un autre exemple, ma voisine du dessus, épouvantable connasse, qui ne l’a même pas laissé tranquillement faire sa manoeuvre pour rentrer dans son garage, elle l’a frôlé en klaxonnant ! Il me demande si elle gueule toujours autant sur son mec (un pauvre alcoolo); non seulement, lui dis-je, mais c’est la fille, la petite Blandine, maintenant qui s’y met, et que ça n’arrête plus, à toute heure ! en pleine nuit ! Et des connards ! et des sales putes ! et des tu fais chier ! et des je dors putain de merde ! Alors moi, je savoure, bien au chaud dans mon lit, en écoutant « Les Grosses têtes dans la nuit des temps » (avec Martin, Dutourd, Jean Yanne, Sim !)- La vulgarité d’autrui me donne un genre d’élégance sentimentale. 

Côté profs, toujours le même ridicule politique; un collègue d’éco, parfait gauchiste de base, qui ne lit pas un livre par mois, ni par trimestre, mais passe son temps libre au ciné ou aux « spectacles », me relate sa dernière découverte musicale, un jazzman « un peu homosexuel » (je le cite) qui lors du rappel revient sur scène en peignoir et le laisse tomber, exhibant ses bas résilles et son string. « Excellent ! » selon mon collègue. « Pauvre niais » me dis-je en moi-même. La salle des profs de toute façon résonne d’un gauchisme socialo-bobo totalement incurable. Je renonce à dire quoi que ce soit. Ils ne se sentent pas malades, de toute façon, et je ne suis pas médecin. Toutefois, quand un collègue d’histoire se permet de laisser des tracts du PS sur la table commune, je fais d’abord remarquer à mes collègues, complaisants, que ce n’est pas le lieu, que nous avons un devoir de neutralité (même si je ne me fais aucune illusion), et sur ce je m’empare promptement des papiers pour les jeter à la poubelle. Imaginez s’il s’était agi de tracts du FN ! Immédiatement le proviseur eût été alerté et une enquête diligentée ! Le même collègue d’histoire m’envoie dans l’après-midi le communiqué officiel de l’APHG (Association des Professeurs d’Histoire-Géo), relatif à la « théorie du genre », et pour dire: 1) Que l’APGH atteste et certifie que la théorie du genre n’existe pas – 2) Mais que la notion de genre peut être un outil enrichissant et novateur dans notre enseignement – 3) Qu’il faut rappeler et défendre l’esprit de la laïcité face aux pressions pouvant s’exercer sur certains collègues…  De quelles pressions veut parler l’APHG ? Des familles catholiques et musulmanes ? - Entre deux portes, je fais part de mon interrogation au collègue concerné. Enfin ! me dit-il, il n’y a jamais eu d’histoire de théorie du genre ! C’est parti d’une rumeur propagée par des associations anti-Hollande qui ont actuellement le vent en poupe, etc. Je n’en suis pas si sûr, lui fais-je remarquer. La théorie du genre, ou notion du genre, sous l’apparence de petits livres pour enfants, innocents, et sous couvert de lutter contre les discriminations, les stéréotypes, les injures, l’homophobie, est un discours militant de lobbys homosexuels et de pédagogues gauchistes. Que des familles protestent et se défendent, c’est de bonne guerre. Voilà des années que l’Ecole ouvre ses portes à toutes sortes d’associations « théâtreuses » qui viennent présenter aux élèves des messages de rébellion; pourquoi les parents devraient-ils se comporter en victimes consentantes et soumises de cette mascarade ? de cette fausse éducation qui ne prépare guère leurs enfants au travail, aux devoirs, aux nécessités, aux défis de la vie, mais veut au contraire les livrer à toutes les turpitudes, à toutes les facilités, à toutes les excuses (c’est la faute des autres, des profs, de la société !)- Chaque jour, des dizaines d’enfants sont discriminés, injuriés, frappés, voire poussés au suicide, parce que leur genre est d’être de bons élèves ! Que font les lobbys LGBT et les pédagos gauchistes pour dénoncer ce malaise ? Que font-ils enfin, dans leur souci d’initiation sexuelle, de la plus terrible de toutes les discriminations, celle de la laideur, qui touche des millions d’élèves ? En parle-t-on dans l’ABCD de l’égalité ? Ils ne font rien et ne pensent qu’à se réjouir d’une fausse lutte qu’ils mènent contre un adversaire fantasmé, qu’ils nomment différemment: fascisme, ordre moral, vieille France, intégrisme, réacs, etc. Mais ils ne voient pas le véritable adversaire. L’Ecole est devenue une foire aux idiots utiles; elle forme des ectoplasmes, des petits branleurs, des salopes nombrilistes, une bouillie de libidineux incultes, dans une France que le système mondial veut réduire à l’état de pute, pour une partouze entre oligarques sataniques.               

3) Politique: de plus en plus de Français en ont ras le bol de cette fausse politique, dont le but est de ne surtout pas répondre aux vrais problèmes du pays, mais d’en créer de faux et d’y attirer une opinion publique dont les médias (et l’Ecole) contribuent à fausser le jugement.  Le ras le bol, toutefois, risque aussi de favoriser l’abstention, et de permettre aux élus PS de continuer leurs mandats, comme si de rien n’était; d’aucuns même y verront une marque de confiance de la part des Français; d’autres y puiseront une énergie supplémentaire, et la possibilité d’aller encore un plus loin dans la fausse politique; cette situation de ras le bol, quand les Français « dévotent » ou ne votent pas, peut faire penser à la dictature républicaine des années 1794-1799, après la chute de Robespierre, quand le pays ruiné, affamé, désorganisé, était livré à des bandes de trafiquants et des coteries de nouveaux notables. Nous n’en sommes pas (encore) là; mais les vols augmentent un peu partout, notamment dans les campagnes, tandis que l’esprit de coterie plus que jamais domine les centre-villes; on peut avoir l’impression d’une sorte d’entente tacite, et peut-être même d’une collaboration, entre certains élus (notamment PS) et la pègre, du moins certains réseaux de délinquance et de criminalité. De nombreuses villes du Sud de la France sont « gérées » de cette façon.   

Une chose est sûre: cette politique ne mérite que le mépris. Et c’est lui faire trop d’honneur encore que d’en parler et d’en signaler chaque semaine les méfaits. Aussi je mets un terme à ce blog.   

                                                                      

Misère du féminisme

 

1) Géopolitique: On s’en doutait un peu, Washington cherche à tirer parti des manifestations et du désordre politique en Ukraine; une conversation téléphonique entre l’ambassadeur des Etats-Unis à Kiev et la secrétaire d’Etat adjointe Victoria Nuland vient de défrayer la chronique; on y entend cette « charmante dame » exprimer son mépris pour Catherine Ashton, la représentante britannique de l’UE en Ukraine: « Fuck the EU !’ – On a la preuve, surtout, par cette conversation privée mise en ligne sur Youtube par un diplomate russe (c’est de bonne guerre !), que Washington procède en Europe de l’Est comme partout ailleurs: favoriser ses lobbys aux dépens des Etats – Victoria Nuland n’est pas sans faire penser, en plus médiocre (le niveau baisse), à Madelaine Allbright, la secrétaire d’Etat du président Clinton, qui a largement contribué dans les années 1990 à la balkanisation politique et à la libéralisation commerciale de la Yougoslavie; charmante région où sévissent aujourd’hui les trafics, la corruption, la délinquance, le chômage, et le crétinisme médiatique; Mme Allbright et Wesley Clarke (ancien chef de l’OTAN lors des opérations contre la Serbie), retirés des fonctions  »publiques », font aujourd’hui fortune dans le business des Balkans - Il n’est pas inutile non plus de faire observer que ce sont des femmes qui bien souvent sont les meilleures exécutantes des projets géo-économiques d’un certain lobby mondialiste… Janet Yelen vient d’être nommée présidente de la Federal Reserve, avec à ses côtés, et prévu pour lui succéder, un certain Stanley Fischer, israélo-américain, ancien président de la banque centrale de l’Etat schpountz. Mais de là à penser que la propagande féministe, qui sévit à longueur de médias et de publications scolaires, notamment en France depuis que sont au pouvoir les amis de l’Etat ci-dessus, de là à penser qu’elle pourrait servir des intérêts et des valeurs tout autres que ceux qui lui sont naïvement attribués, il y a une petite distance qu’en toute légèreté les esprits mobiles seront ravis de franchir…

2) Société-politique: la propagande féministe française a pour cible principale la religion catholique, même affaiblie, et secondairement l’Islam, qu’on dit en plein essor; jamais elle ne s’en prend à l’autre religion monothéiste, beaucoup plus discrète en quantité, beaucoup plus puissante dans le milieu médiatique, d’où partent la plupart des diatribes féministes; cette propagande semble tenir un discours social de gauche, en faveur des femmes battues par des gros cons d’extrême-droite; mais dans la réalité la situation des femmes célibataires ou divorcées est de plus en plus précaire; le féminisme médiatique se moque bien de cette précarisation, à l’instar du livre de Florence Aubenas,  »Le quai de Ouistreham », qui n’a évidemment rien changé à la situation des femmes de ménage sur les ferrys - Ainsi que l’ont vu de nombreux analystes aujourd’hui qualifiés de « réactionnaires » (Zemmour et Soral par exemple), le féminisme est avant tout un petit discours « sociétal » de bobos qui s’avère tout à fait compatible avec l’idéologie et le management du néolibéralisme mondialiste; le forum de Davos vient tout récemment d’encourager à davantage de présence féminine dans les grandes entreprises et les institutions de la gouvernance ! Des études montrent que les femmes dirigeantes ont une capacité de négociation et de management supérieure à celle de bien des hommes; elles excellent aussi dans le juridisme et le droit-de-l’hommisme, elles remportent des concours de plaidoiries, et surtout, de façon massive, elles consomment mieux que les hommes, attentives aux offres, aux soldes, aux publicités, sensibles à l’écologie, au tourisme, au libre-échange, etc. Ce féminisme médiatisé provoque bien sûr des discordances et des dissidences; beaucoup de femmes ne s’y reconnaissent pas, voyant bien qu’il ne change rien à la réalité sociale et culturelle de la majorité des salariées, qu’il aggrave même leurs relations avec les hommes; quand, de surcroît, ce féminisme médiatique se combine à une idéologie maçonnique gouvernementale et associative, il provoque l’opposition de différents courants de la société française: une « fronde » hétérogène, que les journalistes bien pensants et doctrinaires à la petite semaine, comme Michel Urvoy de Ouest-France, qualifient de réactionnaire et d’antischpountziste. Le gouvernement, une fois de plus, affiche son parisianisme médiatique, son idéologie maçonnique, ses réseaux féministes et homosexualistes, et un certain mépris pour le reste de la société française. Le président François le Nul est allé discrètement à Trappes, dans la banlieue arabo-musulmane, où le féminisme est loin d’être apprécié; il est allé en compagnie de Jamel Debbouzze se féliciter d’une école de comiques à l’américaine, largement subventionnée par l’Etat; cette discrétion s’explique par le fait que, depuis plusieurs mois, tous les déplacements officiels de la classe politique au pouvoir donnent lieu à des sifflets et des chahuts quand ils ne sont pas étroitement encadrés par la police, ou plus simplement cachés des médias. François le Nul n’empêchera pas, cela dit, la population arabo-musulmane de se détourner de plus en plus du vote de gauche; l’affaire de la quenelle a ouvert les yeux de beaucoup ! Voilà des dizaines d’années que les associations gauchistes, les élus PS et PCF, les médias schpountz (NRJ, Skyrock, Canal Plus), et l’Education nationale diffusent et subventionnent une déplorable propagande sociale et culturelle dans les banlieues: c’est la fabrique des crétins, des glandeurs, des rappeurs et des anti-schpountzistes (pour la plus grande satisfaction du lobby schpountz qui redouble ainsi de propagande); au lieu de former la jeunesse (par exemple à des emplois de production), les pouvoirs publics et les associations de quartiers lui inculquent des discours victimaires et une certaine détestation de la France; ils diffusent l’infecte culture de la consommation américanisée, véritable propagande satanique ! Ce n’est pas le Jamel Show qui résoudra le chômage de masse de la banlieue ! Ce ne sont pas non plus le féminisme, la lutte contre les stéréotypes sexistes, ou bien encore la « mixité » sociale, autant de discours creux et d’impostures politiciennes, que les Français devraient être bientôt, et de plus en plus nombreux, appelés à rejeter. Que François-le-Nul y passe ! A la trappe !

3) Histoire: Je continue ma lecture des « Origines de la France contemporaine »; H. Taine dresse un tableau apocalyptique de la situation économique et sociale des années jacobines (1793-1795); nos manuels scolaires se gardent bien d’en faire autant; la Révolution vue par l’Education nationale doit rester une oeuvre avant tout politique, pleine de grandes promesses et de grands textes abstraits; c’est l’idéologie actuelle, grandiloquente et pleine de mépris pour les « Français du quotidien »;  capable à l’occasion d’une « justice » d’exception à l’encontre des opposants. A lire certains manuels, à entendre certains professeurs, la Révolution a inventé la vie politique en France ! Pour résumer la funeste dictature jacobine, H. Taine  écrit:  » pendant quatorze mois, la France a été saccagée par une bande de malfaiteurs; tout ce qu’on peut dire pour excuser les moins pervers et les moins vils, c’est qu’ils étaient nés stupides ou qu’ils étaient devenus fous. » – Depuis plusieurs années, je montre de larges extraits du film de propagande scolaire de Robert Enrico, « Les années Lumière » (tout un programme !) – Certaines scènes sont amusantes (la prise de la Bastille notamment), et je m’en sers pour montrer les malentendus et l’incompréhension entre la foule et les nouveaux petits chefs (les Jacobins) réunis en conciliabules; rien de mieux au fond qu’un film de propagande scolaire pour signifier aux élèves la possibilité et la nécessité d’une lecture critique des événements et des personnages.

Loin du féminisme actuel, le magazine « Le Chasseur français », bientôt 130 ans, vient de publier un recueil de ses annonces matrimoniales. Extraits.  – 1900: « Parents marieraient jeune fille, 20 ans, dot 30 000 francs, avec fonctionnaire. » – 1910: « 36 ans, 20 000 francs, épouserait demoiselle jolie ou fortunée. » – 1920:  » Célibataire, robuste, aucune trace de guerre, épouserait demoiselle ou jeune veuve… » – 1930: « Sportive, idées modernes, irait colonies, même loin. » – 1940:  » Demoiselle rendrait heureux honnête homme, soucieux réciprocité. » – 1950: « Qui voudrait connaître femme sincère, ayant auto ? » – 1960: « … Cherche bonne ménagère, svelte, forte du buste… » – 1977: « Les gens énergiques et bons sont mes amis. Trouverai-je un correspondant ? »- 1986: « JF, 25 ans, BCBG, cherche homme grand, beau, ambitieux… »                                              

                               

Vous avez dit totalitaire ?

 

1) Histoire-enseignement: la notion de totalitarisme est prudemment ou sceptiquement employée par les historiens; elle a surtout servi, et sert encore un peu, à disqualifier l’URSS face au modèle libéral occidental; elle s’est donc développée dans le contexte de la guerre froide, notamment entre 1947 et 1960; les manuels d’histoire de 2011 continuent de s’appuyer sur les 6 critères du totalitarisme définis par Carl J. Friedrich et Z. Brzezinski en 1956 * (année du rapport Khrouchtchev sur les crimes de Staline) puis repris pour le public français par Raymond Aron quelques années plus tard. Cette définition permet  de montrer des points communs possibles entre nazisme, fascisme et communisme. Elle met l’accent sur la notion d’encadrement et de contrôle de la société par le « pouvoir » (Etat, Parti, Ecole), et peut renvoyer à la réflexion de Hannah Arendt sur l’atomisation et le déracinement des individus, qui auraient été une condition préalable et favorable à la mise en place des régimes totalitaires. Cette thèse, brièvement évoquée par certains manuels, au détour d’un document, n’intéresse qu’assez peu les professeurs d’histoire, quand bien même ils ont entendu élogieusement parler de Hannah Arendt par la voix de Finkielkraut sur France-Culture ou à l’occasion d’un film récent. Ce manque d’intérêt (professionnel) pour la philosophie les confine dans un enseignement de l’histoire trop descriptif et pas assez explicatif, superficiellement factuel et chronologique, où les événements s’enchaînent en une concaténation qui se veut logique, donc rationnelle, donc suffisante et satisfaisante pour l’entendement. Un collègue philosophe me fit autrefois, sous le ciel bleu de Tunis, cette remarque que les « historiens » donnaient une illusion de réflexion par leurs connaissances cumulatives et narratives assorties de références bibliographiques, mais qu’ils étaient dépourvus d’intelligence conceptuelle et de capacité par conséquent à saisir l’évolution véritable des sociétés et des états; dans le meilleur des cas ils rendent compte de certains « moments », de certaines situations, mais les processus et les dynamiques des phénomènes leur échappent. Or, c’est par là, sous cet angle, que l’étude du totalitarisme peut être intéressante et valable intellectuellement, et non comme « tableau » synthétique s’efforçant de signaler les traits communs au nazisme, au fascisme et au communisme. Autrement dit, quand ils utilisent la chronologie, les professeurs d’histoire ne savent pas en dégager le mouvement intelligible, et leurs dates préférées bien souvent ne sont que des ruptures qui brisent toute tentative de compréhension dynamique des questions qu’ils se posent, ou ne se posent pas. Résumons: historiens et philosophes ne raisonnent pas de la même façon, et pour les seconds les premiers ne raisonnent même pas du tout ! Les professeurs d’histoire, niveau lycée, se contentent de mentionner la guerre 14/18 comme cause majeure du totalitarisme, ce que d’ailleurs la notion de « brutalisation » et de « culture de guerre » des sociétés européennes empruntée à certains sociologues de l’histoire (G. Mosse et cie) leur recommande de souligner depuis quelques années. A défaut de s’inspirer de Hannah Arendt et de la réflexion philosophique de tendance morale, les historiens acceptent ici et là de recourir à quelques thèses de sociologie (dans la tradition de l’Ecole des Annales ou de l’EHSS), et celle de Ian Kershaw consacrée à l’opinion allemande (et bavaroise en particulier) sous le nazisme a précisément permis de nuancer voire de contester la thèse de Arendt sur la décomposition ou décadence culturelle et morale des sociétés européennes entre les deux guerres (décadence qui d’une manière générale est la thèse des intellectuels « libéraux », par exemple de l’Espagnol Ortega Y Gasset dans sa « Révolte des masses » parue en 1936, où il s’efforce de montrer que l’individualisme des « hommes-masses » fait le jeu d’un collectivisme abstrait et indifférent, en un mot celui de l’Etat, « le plus froid des monstres froids » pour reprendre la formule de Marx…). Plus simplement, si l’on peut dire, la notion de « guerre totale » désormais en tête de chapitre pour comprendre la Première guerre offre aux professeurs un enchaînement lénifiant (mais pas forcément léniniste) avec l’étude du phénomène « totalitaire ». Ricanement des collègues de philo: les grosses ficelles ! En effet, mais il faut quand même être capable d’expliquer pourquoi le phénomène « totalitaire » ne touche que 3 pays, URSS, Italie et Allemagne, et non toute l’Europe bouleversée par la guerre. Les manuels et les professeurs n’ont pas d’explication globale, sauf à parler d’une « crise sociale et culturelle » qui, à des dates différentes (mais dans une même séquence historique, 1918-1933), aurait permis ou favorisé la prise de pouvoir rapide et autoritaire de 3 chefs et de 3 partis à la fois mieux organisés et plus actifs que les autres. Ce sont plutôt des explications séparées qui sont avancées, notamment la crise de 1929 qui désorganise brutalement la République de Weimar et jette des millions d’Allemands dans l’atmosphère nazie… Plus ou moins opérationnelle avec la question des « origines », la notion de totalitarisme va surtout servir à désigner des techniques et des structures de pouvoir, ainsi que des discours et des idéologies de type révolutionnaire face aux défis économiques et sociaux qui sont posés. L’articulation pouvoir-idéologie, que ce soit sous la forme plein air et « charismatique » de Hitler et de Mussolini, ou sous la forme interne et « paranoïaque » de Staline, est essentielle au fonctionnement et à la dynamique des régimes totalitaires; plus complexe et moins indispensable, l’étude de l’articulation Parti-Etat n’en est pas moins une autre caractéristique évolutive et variable du totalitarisme; j’avais tenté il y a quelques années de montrer la place et le rôle des SS dans l’Etat nazi (et dans l’euthanasie aussi !), j’en garde le souvenir mitigé d’une leçon un peu confuse…  Continuons: avec les années 1935-1939, à l’approche du grand conflit mondial, quand Hitler et Mussolini se rapprochent diplomatiquement, et que la terreur communiste n’a rien à envier à celle du nazisme, la notion de totalitarisme atteint son efficacité maximum. La situation serait alors très claire, si le ciel européen n’était pas si obscur; le totalitarisme montre à ce moment son « vrai visage » (sauf que l’histoire avance masquée): anti-démocratique et anti-humaniste. On pourrait ajouter anti-pacifiste, si Munich n’avait pas discrédité le pacifisme; on pourrait ajouter anti-libéral, sauf que le libéralisme économique se trouve en crise dans les années 30 et que la notion même de libéralisme dans ses diverses composantes (politique, culturelle, sociale) est des moins faciles à cerner. On peut le comprendre: c’est être libéral en effet que de ne pas pouvoir ou savoir se définir ! Pour résumer (!), on dira qu’en étant anti-démocratique et anti-humaniste, le totalitarisme marque le véritable échec de la diffusion et de l’imprégnation des « idées des Lumières » dans certaines parties de l’Europe; mais cette académique et scolaire assertion de type maçonnique ne résiste pas non plus à de nombreuses réserves; et d’abord que l’esprit des Lumières n’était et n’est pas si démocratique que cela (qu’on relise Voltaire), se réfugiant même dans l’oligarchie ou le « gouvernement des meilleurs »  pour contenir l’essor des ambitions ou des revendications populaires-  C’est après la guerre, dans les années 50-60, que viendront notamment de la part des intellectuels schpountzistes de nouvelles analyses du phénomène totalitaire, qui mettront en exergue l’expérience des camps nazis et du Goulag, et la possibilité d’une compréhension littéraire et métaphysique de l’histoire, par-delà les interprétations savantes, techniques, mais finalement bassement idéologiques qui en sont faites le plus souvent…        

*: les 6 critères sont: parti unique, chef charismatique, police terroriste, monopole des moyens de communication, monopole de la violence, économie dirigée. Cf. Carl J. Friedrich et Zbigniew Brzezinski, « Les caractéristiques générales de la dictature totalitaire », 1956. Z. Brzezinski sera par la suite conseiller spécial du président Jimmy Carter.     

 

2) Politique-société françaises: si la notion de totalitarisme renvoie à quelques exemples historiques et à une sélection qu’on peut juger trop limitée, l’adjectif « totalitaire » en revanche devient d’un emploi très large et sert à désigner toutes sortes de régimes, de gouvernements, de dirigeants, qui paraissent attenter aux libertés des individus; bien sûr, El Assad et Poutine sont « totalitaires » aux yeux des bons démocrates occidentaux, l’un parce qu’il utilise la force militaire contre des « rebelles » en partie venus de l’étranger, l’autre parce qu’il restreint la liberté d’expression et de reconnaissance des minorités homosexuelles. Mais « totalitaire » aussi le gouvernement français, qui, selon E. Zemmour, tente de diffuser l’idéologie du « genre » dans les petites écoles, déclenchant l’opposition de milliers de parents et des organisations religieuses (catholique et musulmane surtout), soucieux de leur côté de préserver les valeurs familiales traditionnelles – Sur un tel sujet, qui en recoupe ou recouvre bien d’autres, je me sens très partagé; que l’Ecole soit parfois en opposition aux familles, rien de plus normal; elle ne porte pas les mêmes valeurs, elle n’a pas les mêmes méthodes; que l’Ecole ait toujours raison, que son point de vue soit plus juste et plus instruit que celui des familles, on peut en douter; par ma fréquentation quotidienne des enseignants, je peux même dire que le doute est la moindre des choses à leur égard ! Qu’elle se mêle d’éducation sexuelle, pourquoi pas, ce ne pourra de toute façon pas être pire que ce que disent (ou ne disent pas) bien des parents; dans ce domaine, comme dans les autres du reste, c’est à chacun, chacune, de se faire peu à peu son idée, et de tracer sa voie, ou son petit chemin; la patience et la discrétion valent mieux que la précipitation et l’impudeur; à cet égard, enfin, on aurait bien tort de se focaliser sur une soi-disant lutte d’influence entre l’Ecole et les familles, il faudrait au contraire ouvrir le débat et la réflexion sur le rôle, selon moi très préjudiciable, que jouent les médias dans l’éducation des enfants et de leurs parents; et l’adjectif « totalitaire » pourrait très bien désigner l’emprise qu’exercent aujourd’hui les instruments de communication que sont les portables et les ordinateurs…                   

 

 

                                                              

Refuge hivernal

 

1) Société: Non, la neige ne vient pas, il ne cesse au contraire de pleuvoir; c’est un temps à se réfugier au cinéma- Le refuge des touristes culturels. Voilà des semaines, des mois, que je n’y avais mis les pieds; les films français ne me plaisent guère; je les trouve sinistres, mondains, gauchistes, schpountzistes, et d’une grande pauvreté de dialogues – A la rigueur je préfère encore le cinéma américain, beaucoup plus exubérant et inventif à mon goût, mais ce point de vue doit beaucoup au fait que je ne suis pas américain – « Le loup de Wall Street » par exemple m’a fait bonne impression; c’est un long film de 3 heures, qui aurait pu être réduit de quelques scènes; on y voit les turpitudes d’un certain Jordan Belfort, trader des années 1990, qui a fait fortune en ruinant des milliers de gens; ce film interdit au moins de 12 ans enchaîne des scènes de débauche sexuelle et de drogue qui ont déplu à certains spectateurs; sur le site « Allo Ciné » on peut lire quelques critiques négatives, jugeant ce film sans intérêt (documentaire), sans intrigue, sans émotion, sans « consistance » psychologique; un film immoral, et d’une vulgarité quasi pornographique, en tout cas « ignoble pour les femmes »; « c’est tellement accablant que dimanche prochain j’irai à la messe » a même écrit l’un des spectateurs. Je n’en ferai rien de mon côté; ce film ne m’a pas choqué ou révulsé; les scènes de sexe ne m’ont pas dérangé, elles étaient nécessaires, je crois, pour bien faire sentir le lien entre le fric et le cul; j’ai ri à plusieurs reprises, notamment des discours survoltés et ponctués de « fuck- fuck-fuck » que Jordan Belfort vocifère devant ses agents. On devine le gouffre qui sépare l’ambiance d’une salle des marchés défoncée à la coke et quasiment orgiaque, d’une salle des profs à la française où l’on devise sombrement et sobrement des inconvénients de la réforme des programmes - Seuls quelques pédagogues caféinomanes semblent timidement s’extraire de la torpeur pessimiste généralisée du corps professoral, et le mot « corps » est même ici un abus de langage.

2) Enseignement de l’histoire-géo: de l’énergie et de l’optimisme, il en faut, sans doute, afin de faire travailler les élèves comme nous y invitent et nous y incitent les programmes, les inspections et les formations; à dire vrai, ces entreprises de « formatage » n’ont pas les résultats espérés, ou plutôt elles ont celui de faire baisser le niveau d’attention et d’expression (écrite comme orale) des élèves – Convoqué à un stage tout récemment, où j’ai pu entendre comme « formatrice » une ancienne congénère de la fac d’histoire (et dont le petit exposé ne m’a pas du tout convaincu), il m’a semblé que la pédagogie moderne ou post-moderne se prenait un peu les pieds dans le tapis; la grande mode est à présent de faire deviner, du moins de faire sentir aux élèves comment on les interrogera; mon ancienne congénère va jusqu’à leur faire préparer des sujets de devoirs; habileté ? ou « inversion des valeurs » ? Mon objection à cette méthode, à savoir qu’il faut bien à un moment donné « corriger » ce que font, disent ou proposent les élèves, et que cette correction peut s’avérer confuse et fastidieuse si le professeur s’est trop longuement effacé, cette objection n’a pas été bien relevée par les formateurs, sinon qu’il m’a fallu admettre que sous la forme de grands tableaux de synthèse à double entrée la dite correction ne devait poser aucun problème. Qu’on me permette d’en douter. Puis, la conversation pédagogique se portant sur le contenu des programmes (tout de même !), j’ai signalé une pointe de réserve quant à la question des totalitarismes, qui ne donne lieu le plus souvent (sauf dans quelques lycées d’élite) qu’à des tableaux descriptifs et comparatifs; il est fort dommage et décevant, ai-je dit, que ne soient pas évoquées les différentes interprétations que peuvent avoir les historiens sur le régime stalinien, sur le régime nazi et sur le régime fasciste; à quoi bon alors utiliser des mots savants si ce n’est pas pour faire un peu entrer les élèves dans l’univers du savoir ? Sinon, cela s’appelle de la cuistrerie, de la daube, et de la propagande bien pensante ! Là encore, mon intervention a glissé sur l’auditoire, qui s’est accroché à la solide idée pédagogique qu’il fallait se limiter à une comparaison des trois régimes totalitaires, sous forme de tableau bien sûr ! J’en arrive à penser que le tableau est le tombeau du savoir.

3) Histoire: le savoir ne vaut rien s’il n’est pas formulé, et si possible correctement voire plaisamment; mais pour qu’il en soit ainsi, il faudrait tout changer des programmes et des méthodes; on étudierait l’histoire et la géographie à partir de quelques documents, choisis pour leur qualité littéraire et scientifique, les deux soigneusement conciliés, par exemple des extraits de Tacite, de Machiavel, de Bossuet, de Tocqueville, de Flaubert, de Taine, et j’en oublie, mais c’est pour donner déjà un aperçu – Bien sûr, on utiliserait aussi des extraits d’historiens et de géographes, et des meilleurs; on éviterait en tout cas ces documents sans valeur littéraire ni scientifique qui depuis des années emplissent fastidieusement nos manuels, je pense à ces extraits de journaux et de revues en géographie, ou à ces extraits de chroniques des croisades ou de contemporains de Soliman le Magnifique – Quant aux programmes, il faudrait les rendre moins prétentieux et moins grandiloquents (dans le genre « Nouveaux horizons culturels des Européens à l’époque moderne » – Quelle tarte à la crème !), et les ancrer dans l’histoire-géo matérielle, sociale, locale, sans négliger l’art des portraits, des anecdotes, des intrigues, etc. Du croustillant zut ! Dans l’art des portraits, on ferait confiance à Saint-Simon:

 » Madame* était une princesse de l’ancien temps, attachée à l’honneur, à la vertu, au rang, à la grandeur, inexorable sur les bienséances. Elle ne manquait point d’esprit, et ce qu’elle voyait elle le voyait très bien. Bonne et fidèle amie, sûre, vraie, droite, aisée à prévenir et à choquer, fort difficile à ramener; grossière, dangereuse à faire des sorties publiques, fort Allemande dans toutes ses moeurs, et franche, ignorant toute commodité et toute délicatesse pour soi et pour les autres, sobre, sauvage, et ayant ses fantaisies. Elle aimait les chiens et les chevaux, passionnément la chasse et les spectacles, n’était jamais qu’en grand habit, ou en perruque d’homme, et en habit de cheval, et avait plus de 60 ans que, saine ou malade, et elle ne l’était guère, elle n’avait pas connu une robe de chambre. »

- Dans une chronique précédente, je parlais du manque d’idées dans les programmes d’histoire-géo, je voulais surtout parler du manque d’idées simples, vivantes, de ces idées toutes en observations, en détails, en précision et justesse de vocabulaire, et non de ces idées de propagande formulées dans un jargon de psycho-sociologue salonnard – Sur la Révolution française, il y aurait beaucoup à s’inspirer de Hippolyte Taine, depuis longtemps écarté des références scolaires (et universitaires), voici par exemple ce qu’il écrit des exécutions sommaires dans le pays nantais:  » Carrier avoue hautement le plaisir qu’il goûte à voir exécuter les prêtres: « Jamais je n’ai tant ri que lorsque je les voyais faire leurs grimaces en mourant ». C’est ici la suprême perversion de la nature humaine, celle d’un Domitien qui, sur le visage de ses condamnés, suit l’effet du supplice, mieux encore celle d’un nègre qui éclate de rire et se tient les côtes à l’aspect d’un homme sur le pal. – Et cette joie de contempler les angoisses de la mort sanglante, Carrier se la donne sur des enfants. Malgré les remontrances du tribunal révolutionnaire et les instances du président Phélippes-Tronjolly, il signe, le 29 frimaire an II, l’ordre exprès de guillotiner sans jugement vingt-sept personnes, dont sept femmes, parmi elles quatre soeurs, mesdemoiselles de la Métayrie, l’une de vingt-huit ans, l’autre de vingt-sept, la troisième de vingt-six, la dernière de dix-sept. Deux jours auparavant, malgré les remontrances du même tribunal et les instances du même président, il a signé l’ordre exprès de guillotiner vingt-quatre artisans et laboureurs, parmi eux deux garçons de quatorze ans et deux autres de treize ans; il s’est fait conduire « en fiacre » sur la place de l’exécution, et il en a suivi le détail; il a pu entendre l’un des enfants de treize ans, déjà lié sur la planche, mais trop petit et n’ayant sous le couperet que le sommet de la tête, dire à l’exécuteur: « Me feras-tu beaucoup de mal ? » – On devine sur quoi le triangle d’acier est tombé. – Carrier a vu cela de ses yeux, et tandis que l’exécuteur, ayant horreur de lui-même, meurt, un peu après, de ce qu’il a fait, Carrier, installant un autre bourreau, recommence et continue. » – Voilà des faits bien précis, qui peuvent donner une certaine idée de ce que fut à bien des égards la Révolution française…             

*: Madame la duchesse d’Orléans, épouse du Régent Philippe d’Orléans.

En attendant la neige…

 

1) Politique: Je rentre du marché, où les équipes électorales distribuaient leurs tracts, que j’ai esquivés; il faut dire que je portais un sac rempli de livres d’occasion, notamment les 5 volumes des Mémoires de Talleyrand; assez incompatible avec le programme bien pensant du PS. Parti socialiste ? Dans un sens historique et culturel, je veux bien, mais sur le plan des idées et propositions politiques actuelles, c’est très incertain, très ambigu, et même suspicieux; sauf à considérer, justement, que le « socialisme » n’est plus une idéologie programmatique (et schématique), mais un processus, un mouvement, une dynamique politique susceptible de négocier et de fédérer des intérêts, des goûts, des idées et des opinions hétérogènes, fluctuants, flous, indéfinis. Cette souplesse ou cette « légèreté idéologique », dans un sens même frivole et coquin, peut s’expliquer par l’éducation et l’instruction qui depuis trente ans au moins se diffusent dans la société française, à commencer par le haut, les catégories bourgeoises supérieures, libérales ou fonctionnaires. La légèreté idéologique signifie en quelque sorte que les idées peuvent changer, varier, aller et venir, au gré des expériences, des rencontres, des conjonctures et des circonstances; de telles idées méritent-elles encore d’être appelées idées ? Une chose est sûre, la politique moderne, ou post-moderne, ne pratique plus les idées au sens classique, à la manière de Platon, de Kant et de Hegel; sa « philosophie » se veut mondiale (et mondialiste), elle utilise des auteurs « exotiques », des penseurs de l’altérité et du « décentrement », qui portent bien sûr une critique du modèle occidental chrétien; cette « philosophie » de l’ailleurs et de la belle ouverture (« des horizons d’attente » comme disent les intellos bobos) n’est évidemment pas faite pour régler les « problèmes du quotidien », encore moins pour répondre aux propos racistes, machistes et populistes du café du commerce.

D’où cette question: comment le parti socialiste détient-il encore le pouvoir politique dans ce pays (la France) ? Plusieurs réponses: d’abord, la société française des classes moyennes se laisse elle aussi gagner par la légèreté idéologique, à tel point qu’avoir encore des idées passe pour une marque d’entêtement et d’intolérance (le mot idées devient là synonyme de convictions ou de principes); l’Ecole participe un peu à la disparition des idées: en histoire-géo, par exemple (et c’est un exemple que je connais bien), c’est effarant; les illustrations et les schémas prennent le pas sur les études de textes, Robespierre est désigné comme dictateur ou fou, et les aspects politiques du XXe siècle se résument en un mot, du reste mal compris et mal expliqué: le totalitarisme. Dans les autres matières, je devine que la tendance est la même. L’Ecole s’adapte à son public; un public d’images et de bruits, un public nerveux, et presque pathologique (« ce sont des élèves attachants » nous disent les pédagogues de l’empathie), un public de sportifs agressifs, très vite dopés, et d’internautes somnanbules trop fatigués pour écrire quoi que ce soit en classe. Le verbe et le logos, ainsi affaiblis, ne permettent pas aux professeurs de transmettre des idées (d’autant moins que les professeurs eux-mêmes, etc.). On transmet des formules, des slogans, des opinions péremptoires; ce qui compte c’est la spontanéité et la désinhibition de l’élève, comme se réjouissent de le dire les profs de langues vivantes. Abrégeons: tout cela fait assez bien le jeu des « socialistes » au pouvoir. Mais il faut un autre élément pour garder ce pouvoir: la discipline et la rigueur, dont l’Ecole fait elle aussi grand cas. Le PS est un parti de « cadres », d’apparatchiks, de bons bourgeois bien conformistes et bien pensants, frivoles par certains aspects, d’apparence joviale et de conversation truculente (les hommes politiques ont toujours plein d’anecdotes à raconter). Mais sous l’apparence de la légèreté idéologique, ou plutôt à cause d’elle, se cachent des méthodes de pouvoir dogmatiques et sinistres; plus un homme politique est faible « idéologiquement » (n’ayant aucune culture des textes classiques), et plus il a toute chance de se montrer arrogant et sectaire dans son exercice du pouvoir. A partir d’un certain niveau (haute administration), la politique n’est plus qu’une affaire de carrières, de privilèges, et de techniques de communication et de « management ». C’est en quelque sorte l’idéologie ultime, qui élimine ce qui pouvait rester d’encore un peu léger et frivole dans le fonctionnaire. Un troisième point enfin peut expliquer que les socialistes continuent de règner sur la France: la semblable médiocrité idéologique de leurs adversaires électoraux. Mais ce point sera développé dans une autre chronique…

2) Géopolitique: Je trouve deux informations dans mon journal, qui méritent quelques commentaires. – « L’Eglise se veut solidaire des migrants », et le pape François en appelle au « dépassement des préjugés », tout en souhaitant que « l’Eglise s’engage à comprendre les causes qui sont aux origines des migrations, mais aussi à travailler pour dépasser les effets négatifs et à valoriser les retombées positives sur les communautés d’origine, de transit et de destination des mouvements migratoires. » - Mon Dieu, quel charabia ! On croirait lire un texte officiel de l’Education nationale ! Le pape François, qui m’avait fait une très bonne première impression lors de son élection (l’effet de la nouveauté dans le cadre d’une institution très ancienne), me laisse de plus en plus indifférent; je m’aperçois que l’Eglise n’a vraiment plus grand chose à dire et à proposer; les missionnaires de terrain (par exemple les Jésuites !) ne sont plus soutenus par leur hiérarchie (beaucoup de mondains et de bureaucrates dans l’Eglise), et les Evangélistes gagnent partout, en Afrique noire, en Amérique latine, des positions aux dépens des Catholiques; par ailleurs, face à la crise des vocations blanches, l’Eglise recrute des prêtres noirs, qu’elle va chercher dans la savane, comme les recruteurs des clubs de foot, ce faisant elle favorise la progression des cultes évangéliques, musulmans ou animistes, qui viennent occuper la place libre. L’Eglise est devenue elle aussi très bien pensante; certes, on ne peut plus lui demander d’appeler à la croisade, mais enfin, un peu de virilité que diable ! Hélas, hélas, hélas, la religion catholique est presque totalement une religion de femmes, avec des opinions de femmes, des manières de femmes, des chants de femmes, aigus, aigrelets, en tout point désastreux pour tout esprit un tant soit peu musical; je ne mets plus les oreilles à l’église depuis bien longtemps; il faut une occasion spéciale pour que j’y retourne, un mariage par exemple; dorénavant, ce sont les mariés qui doivent préparer la cérémonie, choisir leurs textes, leurs chants, et justifier leur idée du mariage, un peu comme à l’Ecole où ce sont les élèves qui construisent le cours. J’aimerais tant un prêtre un peu couillu qui dise clairement que la femme est égocentrique, comme Eve, et le mari égoïste, comme Adam, et que c’est bien compliqué d’arranger un pareil couple ! D’ailleurs le bon dieu a tourné ou fermé les yeux depuis longtemps. Il laisse les mariés seuls face aux photographes.

La deuxième information à commenter concerne François Hollande qui devant les ambassadeurs étrangers a plaidé pour une France du libre-échange, ouverte aux entreprises (et à la main d’oeuvre étrangère qui va avec), et candidate pour organiser un sommet mondial sur le climat, dont personne ne veut. Le libre-échange, telle est bien pourtant la cause majeure de nos difficultés économiques et commerciales, de nos fermetures industrielles et agricoles, de nos déficits, car c’est le libre-échange des grosses firmes contre les petites, c’est le libre-échange de la camelote contre les bons produits, c’est le libre-échange des escrocs contre les honnêtes travailleurs, et c’est le libre-échange dont les Français ne veulent pas, quand du moins on les consulte sur ce sujet; c’est le libre-échange des spécialisations compétitives qui désorganise et détruit la polyvalence d’une économie française qui pourrait être capable de subvenir à tous les besoins de sa population. Quant au sommet mondial du climat, c’est une fumisterie d’experts onusiens et de lobbys « environnementalistes » dont les prévisions alarmistes cachent des intérêts immédiats des plus agréables, à commencer par l’ambiance très réchauffante qui règne sur ce genre de sommet. Il faut cesser de prendre au sérieux les discours sinistres de ces idéologues frivoles !                                                                                             

La République des Schpountz

1) Société: Dieudonné, évidemment. Dieu-donné; c’est sans doute ce que les Schpountz n’apprécient pas; le côté gratuit. Le nom de l’humoriste les gêne… Aussi voit-on depuis plusieurs jours qu’il est appelé M’bala M’bala; on veut sans doute évoquer son africanité… une africanité ténébreuse et tribale qui serait contraire à l’esprit des Lumières et à l’universalisme de la culture schpountz, depuis longtemps associée voire assimilée à toutes les autres cultures, qu’elle aurait contribué à émanciper et à éclairer; P. Bruckner s’est exprimé dans ce sens en évoquant le combat commun* que les Schpountz et les Noirs ont dû mener aux Etats-Unis quand ils étaient discriminés et marginalisés; mais, semble-t-il, les uns ont mieux tourné que les autres, par la suite… Et Dieudonné exprimerait aujourd’hui le ressentiment des loosers à l’égard des winners; un ressentiment noir, arabe, mais aussi « petit-blanc »; un ressentiment exacerbé par le « spectacle » et les médias, où les winners font étalage de leur success story, de leurs réussites matérielles, sociales, culturelles, de leur aisance, de leur brio et de leur jouissance (ce dernier point est sans doute le plus mal ressenti par les loosers, le romancier Houellebecq l’a très bien souligné dans son « Extension du domaine de la lutte »: la réussite sociale va de pair avec l’accès aux plaisirs; le winner takes all ! comme disent les Américains; le winner gagne sur tous les tableaux: matériel, symbolique, sexuel). Les loosers, donc, tel serait le public de Dieudonné, telle serait la clientèle de l’antischpountzisme. Finkielkraut va dans ce sens et raffine: l’antischpountzisme n’est pas seulement la haine des « petits » et des « médiocres » contre les puissants et les esprits supérieurs, c’est surtout la vulgarité immonde des beaufs et des machos contre une certaine civilisation de l’élégance et de la belle entente salonnarde des sexes et des esprits. Mais oui, disons-le, les Schpountz sont à 90 % des urbains raffinés, qui ont depuis longtemps acquis et assimilé les codes de l’urbanité, du bel échange, de la politesse, et bien sûr du langage convivial et décontracté (ils sont les premiers à faire des blagues sur eux-mêmes ! Pour vous mettre à l’aise ! Mais ne vous avisez-pas de les imiter ! Derrière leurs manières affables, ils tiennent à garder et cultiver le sentiment de leur originalité vaniteuse. Montrez-vous par conséquent discret, souriant, citez Woody Allen, et vous serez parfait !). Les noirs, les arabes et les petits-blancs, en revanche, tous ces loosers, habitent les banlieues, les petites villes, la campagne; c’est la France des perdants de la mondialisation, dont parle le géographe C. Guiluy. Perdants effectifs, au chômage, en précarité, mais aussi perdants affectifs, isolés, moroses, marginalisés sur les plans culturel, sociétal, sexuel. Revenons à nos Schpountz. La féministe Christine Tasin rappelle sur le site de Riposte Laïque tout ce que « nous » devons, nous autres Républicains français, au génie schpountz qui très avantageusement a remplacé le génie du christianisme. Nous leur devons la loi de la laïcité, conséquence directe de l’Affaire Dreyfus.  

*: ce n’est pas vraiment ce que montre le roman de P. Roth, « La tache », qui raconte les mésaventures et les malentendus d’un intellectuel schpountz aux prises avec la montée du communautarisme noir soutenu par les bien pensants…   

2) Enseignement: Peu de réactions chez mes collègues, même si Dieudonné est largement détesté par les féministes; mais comme c’est un Noir, un Black, les bien pensants pâlichons hésitent à statuer sur son cas; s’il était Blanc, Soral par exemple, ce serait vite réglé: un gros con de facho ! Mais là, non, on tergiverse, on se dérobe; la petite Julie Gayet est tombée à point nommé; l’heureuse diversion ! Enfin, un sujet léger, frivole, mais oui, parlons plutôt de cela; des possibles galipettes du président, tradition IIIe République franc-maçonne, plutôt que des rodomontades du ministre de l’intérieur. L’esprit bien pensant se complait dans l’impuissance de ses opinions. Ce qui facilite drôlement l’action médiatique des puissants ! Peu nombreux dans le milieu des petits profs du Secondaire (en dessous de leurs qualités), les Schpountz y exercent tout de même leur influence et leur pression; les bien pensants se flattent même de ne pas la remarquer ! C’est dire à quel point elle est entrée dans les moeurs, dans les opinions, dans les livres, et surtout dans les images. Un exemple ? Oui, tout chaud. J’ai montré hier un court extrait du film « 1492″ de Ridley Scott, pour évoquer Christophe Colomb et les causes des Grandes Découvertes. Un film de commande (pour le 500e anniversaire) qui reflète l’idéologie schpountz; c’est ainsi qu’on voit au tout début une scène de bûchers où sont brûlés des Schpountz; une manière de faire à nouveau le procès de la religion catholique, du moins de l’Eglise et de ses autorités. Certains collègues toutefois pensent que ça ne suffit pas; que pour faire taire Dieudonné, il faut renforcer notre PEDAGOGIE  contre l’antischpountzisme ! Que l’étude de la Schmok (la catastrophe en langage schpountz) doit être menée en amont, qu’il faut en remonter les étapes. On va ressortir alors les vieilles caricatures du Schpountz aux doigts crochus et au nez tordu (on les trouve dans tous les manuels); on va citer les bons auteurs schpountz, toute la littérature du génie schpountz. Les témoignages de la Schmok ! Tout un rayon entier du CDI ! Et le film Schmok: 9 heures ! Je ne suis pas sûr toutefois que ça suffise; ou plutôt, je suis maintenant persuadé que l’omniprésence et l’omnipotence de la culture schpountz provoquent un ras le bol dans la société française. Dieudonné est précisément l’expression de ce ras le bol, et il joue le rôle de soupape. Le faire taire ne règlera rien, tout au contraire. Les autorités schpountz souhaitent-elles la guerre civile ? Une chose apparaît nettement sur les médias: leur hystérie. Dieudonné au contraire essaie de calmer la situation, et son public de loosers est calmement rentré chez lui en chantant La Marseillaise. 

3) Bilan: Jamais notre République n’avait été à ce point sous l’influence des Schpountz; j’hésite même à dire « notre » République; car l’impression est forte qu’ils en font ce qu’ils veulent; ils utilisent par exemple le Conseil d’Etat à leur convenance; et demain ce sera autre chose. Ce sont eux bien sûr qui décident des limites de la liberté d’expression; vous pouvez dire les pires horreurs et faire les pires spectacles (« Golgotha Picnic » par exemple) contre les Catholiques et contre les Musulmans (caricatures); les Femen et Charlie Hebdo (financés par les Schpountz) ne s’en privent pas; en revanche, la Schmok est le sujet intouchable. Il y a quelques années l’humoriste Desproges avait pourtant osé un sketch très grinçant sur les Schpountz; mais à cette époque (années 1980) leur influence n’avait pas atteint le niveau de pression qui aujourd’hui est le sien; et l’humoriste avait des relations, des amitiés même, au sein de la mondanité du spectacle schpountz; Dieudonné en revanche a été exclu de cette mondanité depuis plusieurs années.

La culture schpountz devient oppressante et fait règner une ambiance de plomb dans la société française; du moins une ambiance sinistre*, qui sans doute convient assez bien à certains Français, procéduriers, juristes protestants, huguenots végétariens, hygiénistes, féministes castratrices, homosexuels pinailleurs (pines ailleurs aussi !). J’ai remarqué ces derniers jours à quel point aussi elle pouvait être hystérique et agressive. Il faut se méfier. Aussi je n’en parlerai plus. Mais la Résistance plus que jamais s’organise. Et la flamme ne s’éteindra pas.

*: L’émission C’dans l’air du 9 janvier était intitulée : »Fini de rire », et les invités n’étaient pas des drôles ! Les regards étaient sombres et menaçants; on aurait dit un conseil de discipline ! – Le journal Libé, d’habitude si alerte dans le calembour, proposait en une: « Le rideau est tombé sur la haine »- Bigre ! Et Le Nouvel Obs lui aussi en couverture: « La Haine ». Avec trois photos en noir et blanc de Soral, Dieudonné et Zemmour.   

                                    

Significations de la quenelle

 

1) Société: depuis quelque temps, la société me laisse assez tranquille, je la fréquente peu, et ses lumières, ses guirlandes, ses magasins ne me séduisent pas; « que de choses dont je n’ai pas envie ! » disait Socrate dans les rues commerçantes d’Athènes; on l’a condamné à mort ensuite pour refus d’obéissance au démos, pour apologie d’une vie indépendante et d’un esprit au-dessus du commun, pourfendeur des aspirations et des opinions de la masse, celles-ci du reste inculquées, entretenues, édifiées par de nombreuses institutions et cérémonies. Après Socrate, il y eut Jésus, même punition, et nouvelle victoire des marchands (du temple); la philosophie a cessé de combattre depuis longtemps le règne de la marchandise, voyez BHL, le sémillant Juif des beaux quartiers, des palais et des rivieras, le propagandiste de la soumission démocratique aux élites (juives si possible), le maître à dépenser de toutes les lectrices du Point, du Monde, et autres journaux de la grande publicité capitaliste mondialisée, avec tous ses slogans bidon. Très peu pour moi; ma libido commerciale est des plus faibles, je suis une sorte d’impuissant de la carte bleue (celle-ci évite les versements liquides de toute façon !), et un solitaire mélancolique du Franc: ah ! le beau Pascal que mémé Augustine m’avait donné pour mes 15 ans ! En pleine période de velléités pubères, un bifton bienvenu ! Les grands-mères savaient y faire. Avec l’euro, cette monnaie de la soumission européenne aux grandes banques d’affaires new yorkaises, le commerce lui-même est devenu morose, frileux, inquiet; les centres d’appels redoublent d’activité, on recrute les plus belles filles aux guichets, on invente toutes sortes de produits, on séduit les enfants et les mères, mais quand même, ça patine, ça freine, ça dérape; les élites commencent à murmurer, et si le démos nous échappait, hein ? Que faire ? Même technique qu’autrefois: le procès ! Alors on a trouvé un certain Dieudonné et son geste de la quenelle. Un geste assez obscène, graveleux, dans le genre vieux comique troupier, un bras tendu vers le bas, qui semble vouloir dire, « dans ton cul ! », mais que les élites (juives) s’efforcent d’interpréter plus gravement, plus talmudiquement, comme une manifestation antisémite, voire un signe nazi régressif et fantasmé. Qui fantasme le plus dans cette affaire ? Quand le délire de la persécution reflète celui de la domination. Pendant la petite fête du réveillon, j’ai dû expliquer à mes copains ce qu’on pouvait en penser, très calmement et pastoralement, puis, l’alcool aidant, on s’est mis à notre tour à faire des quenelles, un geste finalement assez défoulant et cathartique, une sorte de gentille et bien maigre subversion dans nos vies redoutablement dociles, consentantes, alignées, rasées. Tous mes copains ont d’ailleurs perdu quasiment tous leurs cheveux, je suis le seul encore à exhiber une sorte de tignasse (saint Ignace, priez pour moi !) hirsute de guerrier franc, ou gaulois ! On s’est défoulé aussi avec des serviettes en papier qui représentaient des billets de 100 euros; combinées aux quenelles, ça donnait des scènes très obscènes mais pleines d’espiéglerie, bien vite interrompues toutefois par le reprise du repas, et d’une certaine solennité festive, sous la houlette des femmes; les femmes savent reprendre les choses en mains (enfin, pour la plupart des hommes, une seule main suffit !) –

2) Culture: la féminisation de la culture est dorénavant un phénomène bien avéré: musées, théâtres, romans, cinéma, et bien sûr l’enseignement, tels sont les domaines investis aujourd’hui par une large public féminin, qui vient y apprécier ou y mettre ses aspirations psychologiques et sentimentales, toutes tendues globalement vers un idéal de bonheur écologique, touristique, humanitaire et anti-clérical; cette recherche, toutefois, ne saurait se passer d’une présence masculine que la culture féminisée aura précisément pour objet de rendre toujours plus lourde, violente, éructante, et jaillissante de sperme et de sang; les mâles ne sont représentés, au cinéma, au théâtre, dans les romans, que pour suggérer leur défaite, leur soumission, leur collaboration; la fiction historique, surtout, en rajoute sur le grotesque de leurs vieilles virilités sanguinaires et de leurs fétides rivalités de dynasties décomposées, tandis que les femmes (et les enfants juste après elles) tiennent avec volupté et discernement les ficelles d’une intelligence psychologique et sexuelle qui font s’agiter et s’affronter les rustres prétendants; tel est le message que l’on peut retirer par exemple de la série « Game of thrones », dont je viens de voir la première saison pendant mes vacances; sinistre fiction historico-hystérique, où sexe et violence, trahison et copulation se combinent en une furieuse surenchère de corps masculins mutilés, déchiquetés, et de créatures féminines dénudées ou brillantes d’intelligence. Cette série, diffusée par Canal Plus (la chaîne de violence et du sexe), reçoit beaucoup d’éloges, on en vante l’excellence technique et visuelle, la qualité des décors et des effets spéciaux de batailles et de fureur sanguinaire, le jeune public adepte des jeux vidéo y trouve son compte, et quelques groupes de spécialistes en stratégies de pouvoir se sont constitués pour discuter sur internet des forces et faiblesses des différentes familles et tribus qui s’affrontent ou s’allient pour conquérir le trône. On est loin, très loin, des modestes leçons d’histoire scolaire sur la lente construction des Etats, et sur la très fragile et aléatoire participation des peuples, des sociétés, des religions à cette construction, on est à l’opposé même des valeurs de raisonnement, de modestie, de prudence, et de clémence, qu’on essaye encore d’enseigner, tâche difficile, et même compromise par la diffusion de ce genre de programmes télévisés. Bien sûr, on trouvera toujours des crétins pédagogues et des abrutis post-modernes pour estimer qu’au contraire cette série pourra servir d’excellente base de discussion et de réflexion à différents sujets psycho-philosophico-historiques. Même Ouest-France, journal qu’on pourrait croire encore un peu prude et catholico-sentimental, s’est enthousiasmé pour « Game of thrones » ainsi que pour le « Django unchained » de Tarantino, c’est dire le progrès de l’idéologie judéo-historico-hystérique dans les moeurs encore paisibles des mornes Français. Que cette série reflète la régression morale et intellectuelle, le délire violent, sanguinaire, sexuel, et le fantasme tribal d’une certaine communauté, très présente dans le cinéma américain, c’est évidemment une hypothèse à ne pas exclure; mais je préfère mettre en avant l’idée qu’à travers ce genre de méchante et sinistre série qui fascine tout un large public d’incroyants et de faible logos (d’où sa fascination pour l’image et les effets spéciaux), se confirme et s’améliore la tendance culturelle générale (du moins occidentale) à l’emprise des valeurs et aspirations féminines, par leur hégémonie physique et sexuelle, sur un monde d’hommes décadents, jouisseurs et agressifs. En regard de cette lamentable et hystérique espèce, le geste de la quenelle pourrait donc bien être, tel que le suggère Dieudonné dans sa dernière vidéo, le signe d’une certaine sagesse et d’une forme de zénitude.

                                                                             

Trêve de Noël

 

1) Politique: François-le-Nul (j’anticipe, mais c’est ainsi que l’histoire se souviendra de lui) vient de s’excuser auprès de l’Etat algérien pour une blague inappropriée prononcée devant le CRIF (le gouvernement parallèle de la France); même son humour ou soi-disant ne passe plus; pendant ce temps, il fait des faveurs à son département de la Corrèze, et prive Bernadette Chirac de sa circonscription; les socialo-bobos se gaussent, « à la retraite la vieille ! »; et ils se réjouissent déja de la victoire de Anne Hidalgo à Paris; la frêle NKM au teint blanchâtre (l’effet de ses bains au lait d’ânesse) n’est pas parvenue à dominer les vieux caciques à la peau tannée de l’UMP; le PS a toujours eu cet avantage d’une discipline interne plus solide, où les femmes jouent un rôle directif plus autoritaire, bien secondées en cela par une génération d’apparatchikis entarlouzés, tandis qu’en coulisses les vieux roublards judéo-maçonniques (les Huchon et cie) tiennent les comptes. A cet égard les Verts n’ont d’ailleurs pas trop intérêt à la ramener; on vient par exemple de montrer à l’insolent Jean-Vincent Placé qu’il paye d’abord ses PV; on avisera ensuite, selon les scores électoraux, de la place et des subsides qui peuvent revenir aux écolos. Mais les temps sont durs sur le plan de la finance; ça commence même à craquer de tous les côtés, y compris dans le milieu jusque-là très protégé des médias, avec ses maquereaux et ses présentatrices du Sentier (quand elles échouent  à un casting de porno elles se retrouvent ensuite à présenter une chaîne d’info en continu) – La banque Rothschild trouve que sa petite danseuse de Libé commence à lui coûter un peu cher; et le public s’en va, c’est bien là le problème. On arrive à la fin de la génération des soixante-huitards, partouzarde épuisée, et les nouveaux gauchistes, délicats, maniérés, hygiénistes, n’ont pas la même verve, ni surtout la même culture théorique; en fait, sortis des séries télé, ils sont globalement incultes, Marx, Foucault, Marcuse, Debord ? Connais pas ! Ils ne vont plus qu’au ciné s’extasier devant les films sociaux-glauques d’une France précarisée, enlaidie, soumise. Leur bonne conscience altermondialiste et écolo-futuriste se fortifie de la vue de cette pauvre nation historiquement bien fatiguée. Enfin il y a un autre problème: c’est bien joli de flatter l’électorat arabo-africano-musulman (programme Terra Nova), et de permettre aux émirs d’acheter le Tout Paris, ses danseuses et ses hôtels particuliers, en graissant la patte au passage à tout le show business collabo, dont l’inculture permet toutes les hypocrisies et compromissions (les Jamel Debbouzze et cie); mais avec ce genre de guignols des sables, faut quand même se méfier; ils ont des sursauts de puritanisme à faire châtrer toute une ville; car au-delà d’un certain niveau de débauche et d’overdose de cul, la frénésie du fion débouche sur un grand vide spirituel, une sorte de trou noir gazeux qui crépite d’étoiles; du gang bang au big bang; avec un peu de haschich en suppo ce sont alors des visions en cascade: tapis volants, caravanes de sacs d’or et de pierres précieuses, djinns aux torses tatoués enduits d’onguents, oasis et jacouzis où se détendent les chameliers esclavagistes, prière du soir pour invoquer de nouvelles faveurs… Une conclusion s’impose: Allah akbar et les femmes aux fourneaux ! Pas très compatible avec le programme PS. Que faire ? Une victime expiatoire, un bouc-émissaire, pour apaiser le conflit: les couilles de DSK sur le plateau de la favorite du harem. Une base de négociation.     

2) Géopolitique: Si Hollande est le nul de l’année, alors Poutine en est le crack; en voilà un vrai; un vrai chef d’Etat. Qui ne se laisse pas emmerder par une bande de petites salopes qui pissent dans une église; qui met au gnouf les militants greenpisse soudoyés par quelques FMN (ça sonne comme Femen, amusant non ?) des Etats-Unis; qui parvient surtout à déjouer les plans atlantico-sionistes sur le Moyen Orient; qui fait échouer la chute de El Assad; qui maintient l’Ukraine dans l’aire d’influence de la Russie; qui surveille la Chine sur ses arrières. Cela fait beaucoup. Et l’organisation des JO d’hiver qui arrive… Un petit attentat pourrait-il impressionner Poutine ? Les services secrets s’interrogent, se tâtent; tout est déjà prévu, bien sûr, ce ne sont pas les barbus et les barbouzes qui manquent dans la région de Sotchi, mais reste à recevoir l’ordre des chefs. Pendant ce temps-là, nouvelle mission de garde-chiourme pour la France en Afrique noire; le sale boulot quoi; pas facile avec toutes ces tribus à machettes qui s’entredécoupent; et dans la nuit équatoriale, allez donc reconnaître un musulman d’un chrétien ! Vous parlez d’une mission ! Il faut enseigner la religion de la démocratie à une dizaine de chefs locaux dont les villages se perdent dans la brousse. Mieux vaut tout de suite parler d’Etat; ça, ils peuvent comprendre; l’Etat ? Tu veux dire les privilèges ? Exprime-toi clairement François ! Le Zambèze et la Corrèze même combat ! On arrose, toi petit crachin, nous grosse averse, toi petite paille, nous gros tuyau… Bon, va pour l’Etat, c’est une base de négociations. Les élections ? Oui, pour vous faire plaisir, pour vos médias et vos intellectuels de France-Culture, mais on connaît le résultat à l’avance mon ami; enfin, on mettra des urnes pour vos journalistes et deux ou trois inspecteurs de l’ONU qu’on aura pris soin de désigner nous-mêmes (l’ONU grouille de fils à papas africains qui parlent anglais et français, jouent au golf et investissent dans les médias, le foot, l’immobilier et la prostitution -les quatre fonctionnent ensemble-).

3) Société: A ce propos, un journaliste bien pensant interroge une prostituée: « que demandez-vous au père Noël ? » – « Bah, comme aux autres, 150 euros… » – Donc, le gouvernement a décidé de punir les clients. La plupart des médias ont salué la mesure; elle devrait mettre un frein à la prostitution – Quant aux femmes, souvent étrangères, qui exercent cette activité, différentes associations s’occuperont de leur reconversion; pas question pour elles de travailler dans les médias (où pourtant il est très recommandé de savoir bien sucer), non, là c’est un milieu réservé à une certaine communauté; avec un peu de chance elles se retrouveront balayeuses dans les aéroports, en regardant rêveuses s’envoler les avions. Mais les associations toucheront de nouvelles subventions; et le sujet ne sera plus abordé pendant quelque temps; voilà comment on gouverne, selon une vieille formule du socialiste Henri Queuille: ce qui compte ce n’est pas de répondre aux questions c’est de faire taire ceux qui les posent. Les Français sont quand même bien gentils et extrêmement patients avec les incapables et les escrocs qui les gouvernent; aujourd’hui un type énervé a foncé dans la grille du palais de l’Elysée; bon, c’est un petit début; 2014 nous apportera peut-être une suite. Mais je n’y crois pas trop. Pour que le peuple français s’ébranle, il en faut bien plus qu’une petite mesurette sur la prostitution; il faudrait une vraie dérouillée salariale; elle peut venir, si la dette continue de gonfler (elle va bientôt atteindre les 2000 milliards d’euros !) et si nos entreprises continuent de fermer; ce ne sont pas les médiocres emplois aidés de l’Etat qui suffiront à faire baisser la sacro-sainte courbe du chômage, qui obsède le président Hollande (moins sans doute que celles de madame Trierweiler) – Elle peut venir de l’Allemagne aussi, puisque c’est madame Merkel qui semble posséder les clés de la banque européenne, et décider à tout moment, soit de lâcher l’Euro, soit d’imposer à ses « partenaires », la France au premier rang, des « contrats » de bonne conduite budgétaire (comme on le fait dans les écoles pour les élèves ou les classes qui posent de grosses difficultés…) – Voir à ce sujet le très bon site de Jacques Sapir: http://russeurope.hypotheses.org/1862.

                                                

Economie de chauffage ou puissance de feu ?

 

1) Société: J’ai pris l’habitude depuis quelques années d’assister à l’assemblée générale de la copropriété de ma résidence; ce n’est pas un exploit, et c’est même un acte social (citoyen ?) des plus élémentaires; toutefois, plus de la moitié des propriétaires n’assiste pas à cette assemblée: faut-il voir là cette forme de démission ou d’abstention qui menace de l’intérieur les sociétés démocratiques et en favorise la corruption oligarchique ? C’est un voisin qui me suggère un peu cette hypothèse en me faisant remarquer que le lieu de la réunion, à l’opposé de notre quartier, n’est pas de nature à faire venir les résidents – Et puis, l’heure non plus n’est pas favorable, elle élimine ou dissuade beaucoup d’actifs, notamment ces jeunes couples qui rentrent du travail et vont chercher leur progéniture à l’école ou chez la nounou. Aristote n’avait donc pas tort en disant que pour faire de la politique il fallait pouvoir s’y consacrer pleinement. Mais une assemblée de copropriétaires, est-ce de la politique ? Les partisans exaltés de la démocratie directe ou de l’anarchie proudhonienne diront que c’en est plutôt la négation, dans la mesure où la politique devrait au contraire pouvoir solliciter et fédérer des intérêts différents, par la définition de méthodes et de buts communs, autrement plus élevés et ambitieux que les petits calculs de rentiers des propriétaires. Mais pour ceux-là, on ne fait justement point de politique sans argent, et les opinions rivées aux intérêts sont bien meilleures que celles qui se perdent dans des intentions sans effet, pur verbiage moral, ou bien donnent naissance à des constructions collectivistes très vite redoutables par leur discipline et leurs règles. Un autre de mes voisins, retraité et financièrement plus à l’aise que le précédent, s’avoue satisfait du lieu de l’assemblée (qu’il va présider comme d’habitude), où l’on va pouvoir discuter sereinement, me dit-il, des travaux (fort coûteux) à effectuer dans la résidence: toiture, isolation thermique, mode de chauffage, ravalement… Il me demande si j’envisage de changer bientôt mes fenêtres, car si c’est le cas, son beau-frère propose des devis très intéressants pour la pose de double-vitrages. Je m’en tire par une formule historique et souveraine, « je verrai », qui ne semble pas convaincre l’esprit contemporain et parlementaire de mon interlocuteur. Bon, l’assemblée commence; je m’asseois dans un coin; une femme plutôt bavarde, et membre du conseil syndical (où elle m’a remplacé), me demande de me rapprocher; selon l’endroit où l’on est situé dans une assemblée, on peut tenir en effet des opinions différentes; quand on est devant, on est souvent pour; quand on est derrière, ou dans les coins, on s’oppose plus facilement, on maugrée, on ronchonne, on soupçonne… Me voilà devant, à côté de cette femme volubile (et sans doute célibataire), et d’un monsieur plus âgé et plus posé, spécialiste des questions thermiques; d’ailleurs, l’effet est immédiat, mes mains se réchauffent. L’assemblée est dirigée par le syndic de l’agence immobilière, un couple de conseillers que ma voisine juge des plus onéreux; du reste, tout est trop cher selon elle, notamment l’entretien des espaces verts (elle avait suggéré l’an dernier qu’on les remplaçât  par de nouvelles places de parking, soulevant un tollé dans les rangs des personnes âgées de l’assemblée) – Mais la parole est aux spécialistes, et pendant près de deux heures nous écoutons les comptes-rendus de l’audit énergétique effectué cet été; il en ressort que notre résidence n’est pas loin d’être « énergivore »; mais que la situation n’est pas catastrophique pour autant, nous rassure-t-on, et qu’elle pourrait même être facilement renversée, si nous effectuons les quelques travaux préconisés. Des deux intervenants spécialistes, le plus  ambitieux sur le plan énergétique est le représentant de l’agence publique, qui nous fait miroiter les nombreuses aides et incitations financières que nous pourrions recevoir si nous entreprenons sans attendre le « bouquet » des travaux. Ma voisine veut qu’on renégocie d’abord le contrat de la résidence avec la société qui depuis quarante ans s’occupe du chauffage collectif;  »beaucoup trop cher ! «  - Plus posé, mon voisin suggère un changement de combustible, le gaz à la place du fuel, ou pourquoi pas des granulés, tout en demeurant fidèle à la même société; oui, très bonne idée, fait remarquer le syndic, ce serait une manière d’obtenir un bon geste commercial dans la foulée. Mais la priorité c’est la toiture ! nous rappellent quelques femmes âgées qui occupent les appartements du dernier étage. De toute façon, je crois qu’il ne faut pas hésiter à tout refaire, y compris le ravalement, on économisera ainsi la pose de l’échaffaudage, souligne enfin le président de l’assemblée. Mais le prix ? On ne peut pas encore l’estimer aujourd’hui; beaucoup de paramètres peuvent changer au cours de l’année prochaine. De toute façon, par les économies de chauffage et de charges qu’on va faire, le TRI (Temps de Retour sur Investissement) devrait être assez rapide, estime le comptable du conseil syndical. A propos de ces charges, bien lourdes, deux jeunes femmes (la trentaine bien légère) se plaignent  qu’il n’y ait plus d’eau chaude après 22 heures. L’assemblée des retraités ne l’avait pas remarqué.  »Prendre une douche après 10 heures, voilà bien une idée de femme ! » me dit tout bas mon voisin spécialiste des questions thermiques – Je lui réponds que c’est une idée qui doit avoir quelque rapport avec certains actes…    

2) Histoire: Ces actes et cette propreté dont les poilus de 14 ont dû se passer plusieurs mois durant; il est presque fascinant pour nous autres aujourd’hui, si féministes et si hygiéniques, de se représenter ce que fut l’expérience combattante des tranchées; et ce n’est pas sans quelque voyeurisme que certains historiens, professeurs, ou autres, s’adonnent à la lecture des récits de poilus - On pourra toujours dire, bien sûr, qu’on a retrouvé grâce à eux la vraie guerre, qu’on avait perdue, après l’avoir gagnée (vous me suivez ?); certes, mais quelle explication, quelle interprétation, quel concept dégager de tous ces récits de poilus ? La notion de « brutalisation » des sociétés européennes semble avoir eu la faveur des programmes et des manuels scolaires; même si la plupart des professeurs n’en ont jamais fait grand cas, préférant enchaîner d’une guerre à l’autre en suivant le fil directeur de la notion de « guerre totale » (et donc de totalitarisme)- A cet égard les aspects industriels, économiques et financiers des deux grands conflits mondiaux mériteraient de plus amples explications dans nos manuels (voire des explications tout court !) – Beaucoup de récits de poilus, les meilleurs en général, concordent à mettre en avant la puissance de feu industrielle qui s’est déchaînée sur les fronts - Citons par exemple quelques passages de « La Peur » de Gabriel Chevallier, paru en 1930:

- « Les artilleries tonnent, écrasent, éventrent, terrifient. Tout rugit, jaillit et tangue. L’azur a disparu. Nous sommes au centre d’un remous monstrueux, des pans de ciel s’abattent et nous recouvrent de gravats, des comètes s’entrechoquent et s’émiettent avec des lueurs de court-circuit. Nous sommes pris dans une fin du monde. La terre est un immeuble en flammes dont on a muré les issues. Nous allons rôtir dans cet incendie… Le corps geint, bave et se souille de honte. La pensée s’humilie, implore les puissances cruelles, les forces démoniaques. Le cerveau hagard tinte faiblement. Nous sommes des vers qui se tordent pour échapper à la bêche. Toutes les déchéances sont consommées, acceptées. Etre homme est le comble de l’horreur (…) Une immensité grondante, un océan sombre aux vagues de terre et de feu, des nuées chimiques qui suffoquent. Au travers, des objets usuels, familiers, un fusil, une gamelle, des cartouchières, un piquet, d’une présence inexplicable dans cette zone irréelle. Notre vie à pile ou face ! Une sorte d’inconscience. La pensée cesse de fonctionner, de comprendre. L’âme se sépare du corps, l’accompagne comme un ange gardien impuissant qui pleure. Le corps paraît suspendu par une ficelle, comme un pantin. Rétracté, il se hâte et trébuche sur ses petites jambes molles. Les yeux ne distinguent que les détails immédiats du terrain et l’action de courir absorbe les facultés. Des hommes tombent, s’ouvrent, se divisent, s’éparpillent en morceaux. Des éclats nous manquent, des souffles tièdes nous dominent. On entend les chocs des coups sur les autres, leurs cris étranglés. Chacun pour soi. Nous courons, cernés. La peur agit maintenant comme un ressort, décuple les moyens de la bête, la rend insensible. Une mitrailleuse fait son bruit exaspérant sur la gauche. Où aller ? En avant ! Là est le salut. Nous attaquons pour conquérir un abri. La machine humaine est déclenchée, elle ne s’arrêtera que broyée. Quelques instants de folie. Au ras du sol, nous voyons des flammes, des fusils, des hommes. » (Livre de Poche, 2013, pp. 303-305)   

3) Politique: Que pas un gouvernement européen n’ait pu empêcher ou du moins arrêter le plus vite possible la première guerre a de quoi laisser perplexe sur les sentiments et les intelligences des hommes politiques; pourquoi ont-ils laissé faire ? à quelles pressions, militaires, économiques, diplomatiques, ont-ils cédé, ou obéi ? quelles idées se faisaient-ils de leurs pays ? Les manuels et les programmes ont laissé tomber ces questions depuis longtemps; les a-t-on jamais abordées ? Il est bien commode de s’attarder ensuite sur un Hitler ou un Staline pour montrer la terrible et furieuse responsabilité de l’homme d’Etat dans la catastrophe; mais la véritable étude (que tout le monde élude) ce serait aussi de montrer les responsabilités combinées des banquiers, des industriels, des diplomates et des chefs militaires, sans oublier les leaders d’opinion, dans le déclenchement et la poursuite des deux guerres. Le véritable homme d’Etat est celui qui s’impose à toute cette racaille de ploutocrates apatrides et de mondains parfumés; de Gaulle a essayé; mais depuis, nous n’avons eu affaire qu’à des carpettes, des paillassons, ou des intrigants eux-mêmes. Que la politique ne soit plus qu’une question d’intrigues et de conciliabules, cela me semble assez évident; comme est de plus en plus évidente par conséquent la mascarade des élections. Mais voilà, les peuples eux-mêmes sont devenus des acteurs, et l’essor des moyens de communication développe chez eux des facultés de grimace, d’hypocrisie et de mensonge. Autrefois, par le raisonnement écrit, par le style, on s’efforçait encore (avec plus ou moins de réussite) de dégager des vérités, d’éclaircir des problèmes, de se poser des questions pour le moins; aujourd’hui la communication politique et les médias n’en finissent plus d’accumuler les assertions, les préjugés, les procès d’intentions, les pseudo-démonstrations fallacieuses, et les petits arrangements entre copains. Le souci de la vérité et de l’élucidation, à la manière d’une enquête de Hercule Poirot, exige un mode de vie studieux, calme et célibataire. On comprendra aisément que ce noble souci soit de nos jours impuissant face aux coteries de la communication bourgeoise.                                                                                                

L’automne touche à sa fin…

 

1) Société: l’automne touche à sa fin; les arbres ont perdu toutes leurs feuilles, les gelées du matin se succèdent, et le ciel devient ensoleillé quand les brumes et les brouillards se sont dissipés; personne ne regrette novembre et ses pluies ténébreuses; les villes s’illuminent et se décorent de guirlandes, les impôts locaux sont payés, les magasins se remplissent d’objets scintillants, de jouets et de jeux; malgré la crise commentée par les journaux (tant qu’il y a des commentaires, disait mon père, c’est que ce n’est pas si grave que ça…), les Français veulent dépenser comme d’habitude, voire plus, pour les fêtes, les repas et les cadeaux. Les bilans de l’année ne sont pas bons, qu’importe, décembre est le mois des récompenses et des bons sentiments: élection de Miss France, Téléthon, banque alimentaire… Voulant d’un seul geste réunir ces trois élans de communion nationale, j’ai donné l’autre jour une boîte de thon à la sortie du supermarché. Lyrisme, quand tu nous tiens. L’homme studieux apprécie décembre pour ses longues soirées de lecture au coin du feu, ou au fond du lit. 

2) Histoire: Je recommande ici le « Précis de l’histoire de France » de Jules Michelet, paru en 1833, réédité en poche chez Perrin (et même gratuitement pour l’achat de deux autres volumes chez le même éditeur). On y voit notre pays se construire autour de la puissance royale, très isolée d’abord, sans cesse contestée, mais peu à peu s’affirmant elle-même au coeur des luttes féodales et dynastiques, suivant le principe du « diviser pour régner ». Michelet rappelle les faits et gestes importants des rois qui ont travaillé à cette cause, Philippe-Auguste, Saint-Louis, Philippe-le-Bel, et comment ils ont utilisé l’Eglise, les marchands et les légistes pour renforcer l’emprise de l’Etat sur l’économie et la société. Une « immense machine » se met en branle, « et cette machine, l’argent seul peut lui donner l’impulsion… » – C’est ainsi, écrit Michelet, qu’on peut résumer le règne de Philippe-le-Bel (1283-1314), de ses fils et des Valois: une avidité immense, qui se traduit par des confiscations et des exactions, contre le roi d’Angleterre, le comte de Flandre, les « négocians » (orthographe de Michelet) lombards, juifs, enfin contre l’ordre des Templiers. Cet Etat prédateur et impopulaire, y compris et surtout dans l’élite universitaire parisienne, va bientôt voir fondre sur lui la puissance longuement ourdie des rivaux résolus; et ce sera la guerre de Cent Ans que Michelet appelle « guerre des Anglais » (1328-1433), où l’Etat français se disloque et se décompose. Mais l’effondrement des moyens coercitifs de la puissance royale, et les ravages qu’il provoque par le déchaînement des milices, des soudards, des corrupteurs et des spoliateurs, donne naissance à un sentiment de piété « nationale » (les historiens n’hésitent pas à employer le mot); l’oppression de la domination anglaise y contribue pour une large part… Et puis il y a la Pucelle, cette intrépide cavalière qui galvanise des compagnies de soudards; il n’en faut pas plus, en cette époque de rugueuses manières hivernales, pour rallumer la flamme de l’intelligence chrétienne, qui après avoir fait brûler la jeune sorcière, réchauffe de ses cendres l’autorité glacée du roi de France. La suite est un réchauffement de la force publique, provoquant ici et là quelques incendies (guerres de religion), et trouvant son accomplissement dans le règne du Roi Soleil. Vient alors le terrible petit âge glaciaire (début XVIIIe), et de nouveau le dégel des consciences et des idées (philosophie des Lumières). Le « Précis » de Michelet s’achève à l’aube de la Révolution.      

3) Souvenirs: Je n’ai jamais été royaliste, et l’idée de pouvoir l’être ne m’a jamais attiré; par quoi d’ailleurs ai-je été attiré ? J’ai grandi bien sagement, et devenu un jeune homme plutôt monotone je me suis fort raisonnablement rangé dans l’Education nationale – Aucune fantaisie, nulle ferveur, à 18 ans je votais Raymond Barre. Allez draguer avec ça les filles de la fac, toutes plus ou moins des petites gauchistes ! Je n’en étais même pas frustré; leur conversation me paraissait un tel gouffre de connerie que la simple vue de leurs rebords physiques me donnait du vertige; je préférais m’étendre charitablement avec quelque âme pieuse et tourmentée par l’illusion du péché; je fus sans doute l’un des derniers confesseurs profanes d’une culture féminine catholique en plein désarroi, consumée par le consumérisme. Il me fallait concentrer mes modestes forces sur les études; il y avait à la fac un étudiant original, volubile, hardi, et qu’on identifia très vite comme royaliste; son propos m’intéressait bien davantage que les sornettes droits de l’hommiste, égalitaristes et démagogiques des syndiqués de l’UNEF et des officines juvéniles du PS; il m’intéressait surtout en raison de l’hypocrisie menaçante du discours dominant, que je n’appelais pas encore la bien pensance; il m’intéressait par sa verve critique, pamphlétaire, satirique et fervente, si différente de la prose prudente et quelque peu affectée, voire pédante, qui déjà dégoulinait des stylos d’une majorité d’étudiants. J’en restais au stade d’un intérêt somme toute distant; ce jeune homme de quelques années de plus que moi, puis-je dire son nom ? allons, oui, Jean Philippe Chauvin (il tient aujourd’hui un blog), fréquentait tout de même un milieu urbain et noctambule qui ne convenait pas à mon style rural. Le royalisme ne m’attira donc point, quand bien même je reçus de la part du Comte de Paris, venu dire quelques mots dans l’amphithéâtre, une petite tape sur l’épaule gauche; si au moins il avait pu alors me guérir de l’acné qui m’affligeait d’un air romantique des plus désolés. Toutefois, je m’éloignais de Raymond Barre (la chose était facile) et décidais de voter pour Mitterrand, qui me parut le plus royal des candidats républicains. 

A suivre…                                             

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